Arts & visage – 98/ – Portraits indiens contemporains

L’Inde, vaste mosaïque de langues, de religions, d’ethnies, de castes et de traditions, offre un terrain fertile et complexe pour l’art contemporain. Le portrait indien contemporain, en particulier, devient un espace de tension, de questionnement et de réinvention : entre mémoire, identité, pouvoir, représentation, modernité et globalisation. Pour comprendre le portrait contemporain, il faut d’abord mesurer les héritages qui le traversent.

L’École du Bengale (Bengal School) au début du 20ᵉ siècle, avec des artistes comme Abanindranath Tagore, cherchait à créer une esthétique indienne qui rompe avec les styles colonisateurs occidentaux. Elle réhabilitait les techniques traditionnelles, l’iconographie, les mythes locaux, les paysages, et privilégiait une esthétique plus douce, évocatrice, poétique.

Les arts populaires, l’art tribal et les arts ruraux constituent une mémoire vivante, souvent marginalisée, mais de plus en plus revisitée et valorisée. Ces arts offrent des motifs, des textures, des narrations qui nourrissent les pratiques contemporaines.

Le portrait contemporain en Inde ne peut pas être simplement une continuation du passé : il s’agit aussi d’affronter les transformations — sociales, culturelles, économiques, politiques — du pays moderne. Il permet de renverser le regard dominant, souvent héritier de l’orientalisme, de la colonisation ou de la caste. Il s’agit pour les artistes de rappeler des histoires effacées, des traditions menacées ou dévaluées, des identités minoritaires. Le portrait devient un acte de mémoire, parfois de réparation. Dans un pays où les inégalités, les castes et les privilèges pèsent encore lourd, la visibilité des marginalisés, des tribus, des castes inférieures est une forme de pouvoir.

Les grandes caractéristiques sont le mélange entre styles figuratif, abstrait, surréalisme, pop art, street art, art numérique. Les artistes mêlent les visages traditionnels ou mythologiques avec des éléments modernes : urbains, technologiques, médiatiques.

La pose, le costume, le décor, le type de regard (direct, détourné, frontal, introspectif) changent le rapport entre le sujet du portrait et le public. Les matériaux, peinture traditionnelle, miniature, techniques imprimées, photographie numérique, médias mixtes, installations vidéo, arts performatifs. Les artistes contemporains utilisent une panoplie d’outils pour subvertir ou revisiter les codes du portrait (éclairage, retouche, numérique, réalité augmentée, etc.).

Parmi les portraitistes reconnus il y a Akbar Padamsee = Anjolie Ela Menon = Arpita Singh = Shipra Bhattacharya = Vasundhara Tewari Broota = Gurcharan Singh = Sudhir Patwardhan = Aditya Pande = Uma Bardhan = Dhruvi Acharya = Treibor Mawlong = Nikhil Khinchi = Mousumi Mukherjee = Ekta Singha = Shakuntala Kulkarni = Bhupen Khakha = Anju Dodiya = Varunika Saraf = Amit Naik = Sushil Basu = Rakesh Suryawanshi = Ashish Kumar Patel = Trisuk Moharana

Adita Pande
Akbar-Padamsee
Anjolie_Ela_Menon
Anjolie Ela Menon
Anju Dodiya
Arpita Singh
Ashish Kumar Patel
Asundhara Tewari Broota
Bhupen Khakhar
Dhruvi Acharya
Dhruvi Acharya
Gurcharan_Singh – Modern odyssey
Mousumi Mukherjee
Rikta Singha
Shakuntala Kulkarni
Shipra_Bhattacharya
Sudhir Patwardhan
Treibor Mawlong
Trisuk Moharana
Uma Baedhal
Varunika Saraf
Amit Naik

Arts & visage -97/.. Le portrait chinois contemporain

Après la Révolution de 1949, la peinture (et l’art en général) en Chine est fortement encadrée par l’idéologie, notamment via l’art dédié à la propagande socialiste. Après la mort de Mao et surtout après les réformes de Deng Xiaoping, à partir des années 80, s’ouvre une plus grande liberté d’expression artistique. Les artistes commencent à redéfinir les rapports avec la tradition, la modernité, la culture populaire, la consommation, la mémoire.

Beaucoup d’artistes contemporains jouent avec les techniques classiques chinoises (encre, pinceau, motifs, esthétiques de calligraphie ou de peinture de paysage) et les codes occidentaux (réalisme, hyperréalisme, pop, surréalisme, formats, usage de la couleur, critique sociale). Le portrait ne sert plus uniquement à représenter une personne — il interroge le collectif, la mémoire, la culture de l’image, la globalisation, le rôle des médias, la superficialité, la beauté, etc.

Les principales caractéristiques des portraits dans l’art contemporain chinois sont la Stylisation : yeux exagérés, visages très épurés, détachement, souvent sur fond sobre ou uniforme. Ainsi que l’utilisation de codes visuels modernes, comme la publicité, la mode, les médias de masse, pour explorer la beauté, le regard, la superficialité. Certains artistes visent à rendre presque photographique le détail du visage, de la peau, du regard. Cela peut être une façon de relier le spectateur à la matérialité, au temps, à la présence humaine. Ils utilisent souvent plusieurs médiums l’huile, encre, techniques mixtes, parfois photographie, collage, impression. Lesportraits peuvent évoquer la mémoire collective, le passé politique et les transformations sociétales. Certains portraits ont une composante d’ironie ou de dérangement — le visage parfait, la beauté glaçante, le regard vide — comme pour questionner ce qu’on voit, ce qu’on masque, ce qu’on imite.

Parmi les thèmes rencontré il y a l’évocation du souvenir familial, la révolution, les transformations sociales rapides. Beaucoup de portraits évoquent des “photos de famille” idéalisées ou des moments historiques.

Avec l’ouverture,l’ urbanisation, les médias, la norme visuelle change; les artistes explorent ce que signifie “ressembler à quelqu’un”, “être beau”, “être vu” dans un monde très visuel. Le risque est d’estheticiser et de tomber dans la superficialité, jouer seulement avec le décor (vêtements, maquillage, pose, sans profondeur introspective. Surtout que les artistes jouent avec ces codes visuels répendus dans la société avec notamment les selfies.Et la demande internationale pour l’art chinois contemporain (et le marché de l’art local) peut pousser à produire ce qui se vend, ce qui plaît, ce qui impressionne visuellement, parfois au détriment du contenu. Certains puristes peuvent critiquer le mélange ou l’abandon d es techniques traditionnelles, ou au contraire que les portraits soient trop “occidentalisés”.

Certains portraits montrent l’individu isolé, détaché, dans un contexte urbain ou impersonnel, interrogeant le rapport du sujet à la société, à la modernité, au changement. Le portrait contemporain chinois affiche une grande virtuosité,avec un mélange d’art académique et d’expérimentation stylistiques enfin les artistes adoptent une posture métaphorique ou indirecte pour ne pas être censurés.

Voici quelques artistes contemporains importants dans le domaine du portrait en Chine :
Zhang Xiaogang = = Feng Zhengjle = Wen Wu = Su Xinping = Yang Na =Xinyi Cheng = Zheng Haozhong =Wong Wai Yin = Mei Zhang = Qihang Li = Bing Wang = Ting Liu = Mengru Zhou = Yuhan Liang = Lexkon Liu =Du Jingze= Chen Fei = Peng Si =Wu Zhengyan = =Lu Pingyuan

Fei_Chen
Feng Zhengjie
Lu Pingyuan
Mengru Zhou
Peng Si
Qihang Li
Su Xinping
Wen Wu
Wen Wu
Wong Wai Yin
Wu_Zhengyan
Yang N – Pimple
Zhang Hong Mei-

Arts & visage -96/.. Les réalités mixtes et immersives et le portrait

Au tournant du XXIᵉ siècle, l’art a quitté la surface des toiles et l’écran plat pour s’aventurer dans des espaces immersifs, interactifs, parfois vertigineux. De nouveaux concepts et techniques ont vu le jour.On parle de réalités mixtes et immersives identifiées par des sigles obscurs pour les non initiés :XR / VR / AR Art.

Le terme XR extented reality ou réalité étendue, désigne un continuum d’expériences mêlant le monde physique et le monde virtuel. Dans la VR vitual reality ou réalité virtuelle, l’utilisateur est plongé dans un univers totalement numérique, souvent à l’aide d’un casque, isolé de la réalité tangible. Avec l’ AR augmented reality ou réalité augmentée, le réel subsiste mais se voit enrichi d’éléments virtuels visibles via un écran ou des lunettes : images 3D, sons, textures, visages animés. Enfin la MR mixed reality ou réalité mixte, enfin, permet une interaction dynamique entre objets réels et entités virtuelles, comme si les deux mondes coexistaient.

Ces technologies, longtemps réservées aux laboratoires ou aux jeux vidéo, deviennent aujourd’hui des outils d’expression artistique. Les artistes explorent aujourd’hui ces nouveaux territoires . Ce nouveau champ créatif brouille les frontières entre réel et virtuel, ouvrant la voie à un art où le spectateur devient acteur, où l’œuvre se déploie dans l’espace, et où le portrait se transforme en expérience sensorielle et identitaire.

Depuis la Renaissance, le portrait a cherché à capturer plus qu’un visage : une présence, une âme, une relation entre le regardeur et le regardé.Avec la XR, ce dialogue se complexifie. Le portrait n’est plus un objet fixe, mais un espace d’expérience. Il peut réagir à la présence du spectateur, changer d’expression, se déformer, se recomposer dans le temps et dans l’espace.

L’artiste Alexa Meade, connue pour peindre directement sur les corps afin de “transformer le réel en tableau vivant”, a collaboré avec les équipes de Google pour transposer ses œuvres en réalité augmentée. Ses portraits peints deviennent alors des entités mouvantes, flottant dans un espace 3D où l’on peut se déplacer.

Dans une autre veine, ONISHI Akio, au sein de la plateforme NEWVIEW, a conçu des visages hybrides issus de photographies, de textures numériques et de peinture. Ses portraits sont à la fois humains et abstraits, oscillant entre identité et effacement, entre chair et données.

Certains projets vont encore plus loin : dans Soul Paint (Studio Hatsumi, primé à SXSW 2024), les participants peignent littéralement avec leurs émotions à travers un dispositif immersif. Le “portrait” devient ici une trace énergétique, une projection sensible de l’intériorité.

Le portrait XR interroge notre rapport à la représentation de soi. Dans ces espaces virtuels, le visage peut être scanné, transformé, cloné ou augmenté. Le spectateur peut se retrouver à l’intérieur de son propre portrait, ou face à une version altérée de lui-même.

Les œuvres de Laura Splan, par exemple, explorent les croisements entre biologie, science et réalité étendue. Ses installations immersives transforment des données corporelles en formes mouvantes et lumineuses, donnant au corps une dimension à la fois poétique et algorithmique. De même, les artistes qui utilisent des casques VR ou des dispositifs AR questionnent la présence numérique : qu’est-ce qu’un visage, quand il peut être effacé, multiplié, projeté ? Loin de l’idéalisation classique, ces portraits deviennent des avatars d’émotions, des empreintes de présence.

Cet art émergent soulève des enjeux multiples :Techniques, car les œuvres dépendent de dispositifs coûteux et fragiles (casques, moteurs 3D, plateformes).=Esthétiques, car il faut apprendre à composer non plus sur une surface mais dans un espace immersif.Éthiques, enfin, puisque l’image du visage humain devient une donnée manipulable, enregistrée, voire commercialisable. Pourtant, cette fragilité est aussi la beauté du médium : le portrait XR vit dans un présent perpétuel, instable, toujours en train de se recomposer.

À travers la XR, l’art du portrait s’ouvre à une autre dimension : celle du temps vécu et de l’expérience partagée.L’artiste ne capture plus un instant figé, mais met en scène une rencontre. Le visage, l’émotion, la trace deviennent des flux, des présences éphémères que la technologie rend palpables. Ainsi, de la peinture à la réalité étendue, une même quête persiste : celle de l’humanité du regard — qu’il soit projeté sur une toile ou suspendu dans l’espace numérique.

Outre Alexa Meade = Onishi Akio = Laura Splan –Jan Torpus on dénombre d’autres artistes, en France comme : Jan Miguel Chevalier Nicole Stenger =Mélanie Courtinat =Alice Anderson =Lucid Realities =Arnaud Desjardins, Priam Givord, Thomas Villepoux et ailleurs dans le monde Jordan Wolfson =Hito Steyerl

Lucid realities – Casque de réalité virtuelle
Alexa Meade
Alexa_Meade
Akio Onishi – Fiction #13
Soul Paint
Jan Torpus
Mélanie Courtinat – Des empreintes sur la grève
Jan Miguel Chevalier
Miguel Chevalier – L’origine du monde

Arts & Visage – 95/..Art activiste et portrait


Dans l’histoire de l’art, le portrait a souvent été l’instrument du pouvoir : symbole de prestige, affirmation d’une identité sociale, miroir d’un statut. Mais avec l’émergence de l’art activiste ou Artivisme au XXᵉ siècle, il s’est transformé en outil de résistance. Le visage n’est plus celui d’un souverain, mais d’un peuple, d’une victime, d’un militant — ou d’un corps collectif en quête de visibilité. Le portrait activiste interroge : qui a le droit d’être vu ? qui est effacé ?

Dans le mouvement de l’art activiste, le portrait n’est plus une simple image : c’est un territoire de lutte symbolique.Qu’il s’agisse de photographies monumentales, de peintures, d’affiches ou d’autoportraits numériques, le visage est le lieu où se joue la reconnaissance de l’humain, où se confrontent les pouvoirs du regard.L’art activiste transforme ainsi le portrait en acte de visibilité politique : voir, c’est déjà résister.

Dès les années 1960, l’image du visage devient une icône de contestation. L’exemple le plus célèbre est sans doute celui du portrait du Che Guevara, d’après la photographie d’Alberto Korda (1960), réinterprété par Jim Fitzpatrick en 1968. Ce visage stylisé, reproduit sur des murs et des drapeaux, devient un symbole universel de révolte.

Dans la même lignée, les effigies de Martin Luther King, Angela Davis ou Nelson Mandela ont été réappropriées dans le street art et la culture visuelle des mouvements civiques. Le portrait devient alors un signe de mémoire et d’inspiration, un rappel visuel de la dignité humaine face à l’oppression.

L’un des gestes fondateurs de l’art activiste est de rendre un visage à ceux qu’on efface. Le portrait devient une forme d’hommage, mais aussi de réappropriation du regard. L’artiste français JR en a fait une démarche planétaire : ses immenses collages photographiques — femmes d’Afrique, ouvriers indiens, réfugiés syriens — couvrent les façades des villes pour rendre visibles les visages anonymes.
De même, la photographe sud-africaine Zanele Muholi se définit comme visual activist. À travers ses autoportraits et ses séries consacrées aux personnes noires LGBTQIA+, Zanele Muholi construit une archive visuelle de la résistance, transformant chaque visage en acte de reconnaissance.

Aux États-Unis, Kehinde Wiley transpose des modèles afro-américains contemporains dans des compositions classiques empruntées à l’art européen. Par ce geste, il reconquiert la place des corps noirs dans l’histoire du portrait et renverse les codes du pouvoir pictural.

L’art activiste s’approprie aussi le portrait pour témoigner et accuser. Pendant la dictature argentine, les Mères de la place de Mai portaient les photographies de leurs enfants disparus lors de leurs marches silencieuses : des images devenues icônes d’une lutte pour la vérité. Le portrait agit ici comme preuve visuelle de l’absence, mémoire contre l’oubli.

Cette tradition se poursuit aujourd’hui dans les mouvements féministes et antiracistes : les manifestations en Amérique latine ou en Europe affichent les visages de femmes victimes de féminicides, ou de personnes mortes sous les violences policières. Des collectifs comme Forensic Architecture ou #SayTheirNames produisent et diffusent ces portraits dans des dispositifs visuels puissants — le visage devient un dossier vivant de justice.

L’autoportrait est un espace privilégié pour les luttes identitaires. Déjà au XXᵉ siècle, Frida Kahlo avait ouvert la voie en transformant son visage et son corps en théâtre politique du genre, de la douleur et de la liberté. Plus récemment, des artistes comme Cindy Sherman ou Amalia Ulman explorent la représentation de soi à l’ère numérique, questionnant les normes sociales et genrées de la visibilité.

Chez Zanele Muholi, l’autoportrait n’est plus un exercice narcissique, mais un acte militant d’auto-définition. En occupant l’espace visuel avec son propre visage, l’artiste revendique : « Je suis là, je me montre, je m’affirme. » Le collectif Guerrilla Girls, à l’inverse, choisit l’anonymat : leurs « autoportraits » masqués de têtes de gorilles questionnent la légitimité du regard artistique et dénoncent la sous-représentation des femmes et artistes racisées dans les institutions culturelles.

Dans l’art activiste, le portrait dépasse souvent la dimension individuelle. Il devient participatif : un moyen de construire une image commune. Les murales communautaires en Amérique latine (inspirées par Diego Rivera ou David Alfaro Siqueiro représentent des foules, des visages multiples formant une identité populaire et politique.

Aujourd’hui, des projets comme Inside Out de JR invitent des citoyens du monde entier à coller leur propre portrait dans l’espace public : chaque visage, agrandi et répété, devient une voix collective, un manifeste visuel d’inclusion et de solidarité.

Parmi les artistes de l’art activiste, outre ceux cités dans le corps du biller, il y a =Shepard Fairey= Shirin Neshat =. LaToya Ruby Frazier = .. Teresa Margolles = . Tania Bruguera = Ai Weiwei

Jim Fitzpatrickl – Ernesto Che Guevara
Kehinde Wiley – Président Barack Obama
Zanele Muholi « Ntozakhe II »,
Guérilla Girls
Les mères de la Place de Mai
Ulman-Amalia-Excellences & Perfections-
Ai Weiwei – Mirror
JR – Omar_-Place Maurice chevalier à Paris 20ème
Shepard_Fairey -Fan the flames
Latoya Ruby Frazier – Moving intergenerational
Cindy Sherman – Sans titre
Shirin_Nesha – I am its secret
Tania Bruguera – the burden of guilt -performance
Tresa %argolles – 850 Improntas

Arts & visage – 93/.. Le portrait contemporain à l’ère de l’internet, de l’IA, des logiciels, etc ?

Depuis des temps immémoriaux, le portrait se peignait à l’huile, sur toile, dans le silence d’un atelier. Le portrait, depuis la Renaissance, est un genre central dans l’histoire de l’art. Il matérialise l’identité, le statut social et la subjectivité du modèle.

Mais avec l’arrivée du Digital Art ou art numérique et du Net Art ou de l’art en réseau, la notion même de « visage » et de « présence » s’est métamorphosée. Aujourd’hui, il se code, se génère, s’affiche sur écran. Le visage humain, autrefois sanctuaire de l’identité, est devenu un flux de données, une image mobile, un écho algorithmique.

Ces nouvelles pratiques utilisent les outils numériques — logiciels de retouche, intelligence artificielle, réseaux sociaux, réalité augmentée — pour questionner la représentation, l’identité et la visibilité dans l’espace virtuel. Et dans ce contexte, la représentation du visage se réinvente : fluide, multiple, souvent dématérialisée. Le portrait n’est plus une image du corps — il est devenu le miroir de nos présences connectées. Bien avant les selfies et les filtres, certains artistes ont compris que l’ordinateur pouvait devenir pinceau.

Dans les années 1960, Vera Molnár, Frieder Nake ou Harold Cohen programment des lignes de code pour générer des formes. Cohen, avec son logiciel AARON, fait surgir les premières figures humaines dessinées par une machine. Ce ne sont pas encore des portraits au sens classique, mais déjà des esquisses d’une nouvelle subjectivité : celle du dialogue entre humain et algorithme. Le visage, ici, n’est plus reproduit — il est calculé.

Lorsque le web apparaît dans les années 1990, le portrait quitte la toile picturale pour la toile numérique. Le Net Art ne se contente pas de montrer des visages : il les déplace dans l’espace du réseau. Olia Lialina, en 1996, invente un portrait en fragments, où l’intime se déploie dans des fenêtres hypertextuelles. Eva et Franco Mattes exposent leur vie en ligne dans Life Sharing (2000), brouillant les frontières entre l’œuvre et la surveillance.

Plus tard, Amalia Ulman, sur Instagram, compose un faux portrait d’influenceuse dans Excellences & Perfections (2014) : un autoportrait performatif, entre vérité et illusion. Et LaTurbo Avedon, artiste-avatar, n’existe qu’à travers des pixels — autoportrait pur d’une entité née du réseau.Le visage devient alors interface, reflet de ce que nous projetons dans la sphère numérique.

De nos jours, le portrait numérique ne se contente plus de retoucher le réel : il invente de nouveaux visages. Des artistes comme Mario Klingemann, Refik Anadol ou Anna Ridler collaborent avec les algorithmes pour explorer la mémoire visuelle des machines. Klingemann fait générer en temps réel des visages par un réseau neuronal. Refik Anadol lui, traduit des millions d’images en paysages de données colorés — de véritables portraits de mémoire collective. ’IA devient un miroir qui ne reflète plus le monde, mais nos désirs de représentation. Chaque visage généré est une fiction plausible, un double qui n’a jamais existé. C’est le règne du post-portrait : le portrait d’un être sans corps.

Dans les années 2010, les artistes s’approprient les codes du numérique quotidien : la webcam, le selfie, les filtres de beauté. Petra Cortright compose des autoportraits vidéos saturés de reflets et de glitchs, Jeremy Bailey joue l’artiste augmenté dans ses performances en réalité augmentée, et Lu Yang multiplie ses avatars dans des univers digitaux flamboyants.

Le visage devient un espace de performance, un lieu mouvant où se négocient genre, identité et virtualité.L’autoportrait numérique n’est plus une simple image de soi, mais une expérience d’être vu à travers la technologie. Les artistes utilisent Photoshop, Blender, ou Procreate pour recréer des visages hybrides ou imaginaires.

D’autres utilisent l’I.A.ou Intelligence artificielle, Des programmes comme GANs (Generative Adversarial Networks) produisent des visages hyperréalistes sans modèle humain, mais aussi les selfies, les avatars et deepfakes pour réfléchir à la construction de soi à travers les écrans. Obvious Collective crée ainsi « Edmond de Belamy »un portrait généré par IA vendu chez Christie’s,

Certain(e)s artistes vont plus loin encore : ils effacent le corps, ou le redéfinissent.Ed Atkins crée des avatars hyperréalistes capables d’émotion, tandis que Ian Cheng imagine des entités numériques autonomes.Hito Steyerl s’interroge sur la disparition du visage à l’ère des écrans de surveillance (How Not to Be Seen), et Jon Rafman explore les paysages virtuels de Google Street View à la recherche de silhouettes humaines fantomatiques. Ici, le portrait devient une présence sans chair, une empreinte dans le flux des images.

Une nouvelle scène mondiale poursuit cette exploration :Sofia Crespo crée des visages organiques, moitié humain moitié insecte.Serwah Attafuah, dans un style afro-futuriste, réinvente le portrait comme rituel numérique. Jake Elwes, avec Zizi – Queering the Dataset, brouille les frontières de genre dans les visages générés par IA. Sougwen Chung peint avec des robots ; Claire Silver collabore avec l’intelligence artificielle pour produire des portraits poétiques et métaphysiques.

Ces artistes ne cherchent plus à représenter le visage humain : ils inventent une nouvelle sensibilité visuelle, à la fois technologique et profondément intime.Du pinceau au pixel, du modèle à la donnée, le portrait est devenu un espace de mutation.Le Digital Art et le Net Art ont fait basculer la question de la ressemblance vers celle de la présence :comment être perçu dans un monde d’images sans fin ?

Dans cet univers fluide, le portrait devient moins un miroir qu’un signal, une trace mouvante dans la grande mémoire du réseau Et peut-être qu’au fond, chaque visage généré, chaque avatar, chaque selfie partagé, poursuit la même quête ancienne : celle de laisser une empreinte, d’exister à travers l’image.

Dans le contexte du marché de l’art numérique, même si le succès est mitigé, les NFT Non-Fungible Tokens redéfinissent la valeur du portrait.Des artistes comme Beeple, Pak ou Claire Silver créent des portraits numériques uniques, enregistrés sur la blockchain, qui deviennent des symboles d’identité et de rareté dans le monde virtuel.

Vera Molná – Sans titre
Frieder Nake – Sans titre
Harold Cohen – réalisé avec le logiciel Aaron
Olia Lialina – Treasure Trove
Amalia Ulman – Excellences and Perfection
Mario Klingemann, – Memories of Passersby
LaTurbo Avedon – Sans totre
Jeremy Bailey – Important portrait of the artist’s wife
Ed Atkins – Good boy
Claire Sylver – Sans titre
Portrait d’Edmond de Belamy –
Beeple – The First 5000 Days – A non-fungible token

Arts et visage -92/.. Les « Young British Artists » et le portrait

Les Young British Artists ou YBAs désigne un groupe de jeunes ’artistes britanniques apparus à la fin des années 1980 et dans les années 1990, Ils se sont fait connaître par des expositions comme Freeze (1988) organisée par Damien Hirst, Ils furent soutenus par des collectionneurs comme Charles Saatchi qui organisa en 1997 à la Royal Academy of Arts de Londres l’exposition Sensation

Leur univers artistique se caractérise par le choc, l’expérimentation des matériaux, l’humour provocateur,

Chez les YBAs, le portrait et surtout l’auto-portrait n’est pas juste un genre académique classique : il est un moyen de remise en question, de provocation, de remise en jeu des identités, de la norme, du regard du spectateur.Plusieurs artistes utilisent leur propre image ou leur propre corps pour interroger leur identité, les attentes sociales, les stéréotypes. L’auto-portrait n’est pas seulement représentation mais geste critique. Les corps représentés sont souvent non idéalisés : volumineux, ambigus, blessés, exposés. On brise le tabou du corps « laid » ou dérangeant. On rejette le portrait glorieux.

Le portrait ne se contente pas de montrer, il provoque, il met mal à l’aise ou force à réfléchir. Le regard du sujet vers le spectateur, le corps exposé, l’inconfort, remettent en cause la distance habituelle. Beaucoup de portraits chez les YBAs sont des lieux de contestation des normes de genre, parfois des images d’androgynie, de transgression, d’ambiguïté. Le portrait véhicule les expériences du corps, y compris ce qui est caché ou tabou.

Les artistes valorisent les textures, les traces visibles, les empâtements, l’usage de couleurs de chair décalées Ils incluent des objets du quotidien, de la n nourriture, des vêtements usés, Ils usent de l’humour, du kitsch, parfois du vulgaire. Les critiques ont été divisés,Ce qui pour certains est libérateur et pertinent, pour d’autres cette approche est jugée gratuite et provocatrice.

Les principaux artistes de cette mouvance ont été Jenny Saville =Sarah Lucas = Tracey Emin =.Sam Taylor-Wood =.Gillian Wearing=. Angus Fairhurst= Damien Hirst =Marcus Harvey = Gary Hume = Gavin Turk =Chris Ofili

Jenny Saville – Autoportrait
Jenny Saville – Rupture
Sarah Lucas, – Red Sky Dah
Tracy Emi – Insomnies
=.Sam Taylor-Wood – Soliloque – selfportrait
.Gillian Wearing – Portrait
Angus Fairhurst – Four pages from a magazine
Gavin Turk – Camouflage Fright Wig Gold and Taupe
Marcus Harvey – Woman shaving
Damien Hirst – The collector with friend
Gary Hume – Sans titre
Chris Ofili – Sans titre


Arts & Visage – 94/.. La Transavanguardia et le portrait

À la fin des années 1970, alors que l’art conceptuel et le minimalisme semblaient avoir réduit la peinture à une idée, un groupe d’artistes italiens entreprend un retour radical à la sensualité du geste, à la mémoire de l’image et à la subjectivité du regard.C’est la Trans-avant-garde — Transavanguardia, ou New image selon le terme forgé par le critique Achille Bonito Oliva
Loin de prôner un retour nostalgique au passé, ce mouvement se veut une traversée libre de l’histoire de l’art : un passage “au-delà de l’avant-garde”, où la figure, la couleur et l’émotion reprennent leurs droits. Le portrait, en particulier, devient un lieu d’expérimentation privilégié pour redécouvrir la puissance de la peinture incarnée.

Entre 1978 et 1982, Oliva réunit autour de lui cinq peintres majeurs : Sandro Chia, Francesco Clemente, Enzo Cucchi, Mimmo Paladino, Nicola De Maria.Tous rejettent la froideur analytique de l’art conceptuel au profit d’un langage subjectif, mythologique et narratif. Et Le portrait est un lieu de réconciliation. Il n’est pas le simple retour à une tradition académique. Il devient une figure de l’identité en métamorphose, à la fois intime et archétypale..

Le portrait, dans cette perspective, n’est plus un genre stable mais un champ d’énergie, où l’histoire de l’art, la mémoire personnelle et le mythe se rencontrent. La Trans-avant-garde ramène la matière picturale au centre de la réflexion. La pâte épaisse, les couleurs vives, les gestes expressifs donnent au visage une présence charnelle, presque tactile.Le portrait devient une expérience de la peinture elle-même : non plus reproduction d’un modèle, mais incarnation du processus créatif.

Outre les initiateurs, Sandro Chia =Enzo Cucchi = Francesco Clemente =Mimmo Paladino =Nicola De Maria il a aussi Carlo Maria Mariani =Luigi Ontani = =Nunzio Miano =Ernesto Tatafiore

Francesco Clemente – Alba
Sandro Chia – Racconto di Primavera
Francesco Clemente – Abbraccio
Mimmo Palatino – Transfiguration
Luigi Ontani – Autoportrait
Enzo Cucchi – Caccia mediterranea
Renesto Tatafiore – Robespierre
Nunzio Miano – When
Carlo Maria Mariani – Transfiguration

Arts & Visage – 91/.. L’Appropriation Art et le portrait

Dans les années 1970-1980, au moment où la société occidentale est saturée d’images médiatiques et publicitaires, un courant d’artistes , essentiellement américains — que la critique a nommé Appropriation Art — entreprend de « voler » ou plutôt de recontextualiser des images préexistantes. Le portrait, omniprésent dans l’histoire de l’art comme dans la culture de masse, devient alors l’un de leurs terrains privilégiés.

Traditionnellement, le portrait visait l’individualité, la singularité d’un sujet. L’Appropriation Art s’attaque précisément à cette idée. Qu’advient-il de l’identité quand son image circule partout, copiée, multipliée, standardisée ? En reproduisant des visages célèbres ou anonymes, les artistes interrogent la perte d’aura et l’impossible unicité du portrait à l’ère de la reproduction mécanique.

L’Appropriation Art a donc redéfini le portrait : il ne s’agit plus de représenter une essence individuelle, mais d’exposer la manière dont les images façonnent nos identités. Le portrait devient critique, réflexif, souvent ironique. Il révèle moins « qui » est quelqu’un que « comment » la société produit des visages et des figures reconnaissables. Certain(e)s de ces artistes vont ensuite se tourner vers le simulationnisme

Les principaux tenants de ce mouvement ont été Cindy Sherman =Sherrie Levine = Richard Prince = Barbara Kruger = Louise Lawler = Mike Bidlo = Elaine Sturtevant= Allan McCollum =David Salle

Cindy Sherman – Sans titre
Cindy – Self portrait
Sherrie Levine – Fashion Collage
Sherrie Levine
Richard Prince – Nurse and Joke painting
Barbara Kruger – No radio
Barbara Kruger Untitled (we have received orders no -to move
Louise Lawler – Sprüth managers
Mile Bidlo – Not Picasso – Autoportrait
Mike Bidlo – Not PIcasso – Femme en jaune
Elaine Sturtenant -Portrait
Allan McCollum
David Salle -Sans titre

Arts & Visage – 90/.. Le portrait néo-expressionniste

Le néo-expressionnisme, apparu à la fin des années 1970 et dominé dans les années 1980, a marqué un retour spectaculaire à la figuration après les décennies d’abstraction et de conceptualisme. Le portrait, au cœur de cette réinvention picturale, devient un espace d’intensité émotionnelle, de distorsion expressive et de confrontation avec l’identité humaine.Ce courant, se développe simultanément en Allemagne, en Italie et aux États-Unis.

Il se caractérise par une peinture gestuelle et violente, aux couleurs crues et aux formes déformées, Ainsi qu’une volonté de renouer avec l’histoire de l’art. Et une attitude critique vis-à-vis du monde contemporain, marquée par la mémoire de la guerre, la société de consommation et les crises identitaires.

Dans ce contexte, le portrait devient un lieu de tension entre figuration et subjectivité, où l’individu est représenté non comme un modèle idéalisé, mais comme une présence fragmentée et vulnérable. Les artistes privilégient les empâtements,une gestuelle rapide, la superposition de couches qui traduisent l’urgence expressive. Leurs œuvres sont truffées de références historiques et mythique.

Loin de l’idéalisation, ces portraits interrogent la violence de l’histoire, la fragilité de l’identité et l’angoisse moderne.

Les figures majeures du portrait néo-expressionniste sont en Allemagne = =Wolfgang Ludwig Cihlarz alias Salomé =Rainer Fetting =Helmut Middendorf= Georg Baselitz = =Jörg Immendorff =Markus Lüpertz = A. R. Penck @ = En Italie Francesco Clemente =Sandro Chia =Enzo Cucchi =Mimmo Paladino = Nicola De Maria @= Aux États-Unis = Susan Rothenberg =Leon Golub =George Condo. Jean-Michel Basquiat Keith Haring Eric Fischl Kevin Larmee David Salle Julian Schnabel @ En France Jean-Charles Blais Rémi Blanchard François Boisrond James-Jacques Brown Robert Combas Hervé Di Rosa Gérard Garouste Jacques Grinberg @ Et aussi Marlene Dumas = Glenn Brown = Martin Disler = Miquel Barceló =Jorge Rando = Ahmed Al Safi

Georg Bazelitz – Elke I
Jean-Michel Basquiat – Selfportrait
Jean-Charles Blais – Sombrage
Julian Schnabel, – What Once Denoted Chaos is Now a Matter of Record
Susan Rothenberg – Pianist Playing Schubert,
François Boisrond
Helmut Middendorf-Blaue Stunde
Reiner Fetting – Claus
Salomé – Sans titre
Francesco_Clemente – Sans titre
Jorg Immendorf – Hans Albers-

Arts & visage – 88/.. -La figuration libre et le portrait

Née en France au début des années 1980, la Figuration libre est un mouvement artistique qui revendique une peinture libérée des codes académiques et institutionnels. À rebours du minimalisme, de l’art conceptuel et des avant-gardes formalistes qui dominaient alors la scène internationale,

S’ils s’inspirent des bandes dessinées, graffitis, cultures urbaines, musiques populaires et arts dits « mineurs », le portrait occupe une place singulière dans leur production : non pas comme une quête d’imitation réaliste, mais comme une surface d’énergie où l’identité est réinventée.

La Figuration libre détourne le portrait de sa tradition occidentale – celle du réalisme, de la ressemblance et du prestige social. Ces artistes préfèrent un portrait hybride, expressif, saturé de couleurs, qui emprunte à la caricature et au dessin spontané. On est plus proche de la culture visuelle partagée (affiches, BD, graffitis, musique punk ou rock) que du portrait d’apparat.

Dans ce sens, le portrait chez la Figuration libre est moins une célébration individuelle qu’un reflet collectif : celui d’une génération qui affirme sa liberté créatrice, en marge des codes officiels de l’art.

Les artistes associés à ce courant – Robert Combas ==Rémi Blanchard= François Boisrond = Louis Jammes = Richard Di Rosa =  Hervé Di Rosa =Ben Vautier =Catherine Viollet = Speedy Graphito =Nina Childress =Jean-Charles Blais on y adjoint souvent les américains Keith Haring = Jean-Michel Basquiat =Kenny Scharf

Robert Combas- La fanfare de Ragelade
Rémi Blanchard
 François Boirond – Shéhérazade
François Boirond – Qu’est ce qu’ils tournent
Catherine Viollet – Saint-Sébastien
Louis James
Richard Di Rosa
Hervé du Roosa
Keith Haring