
Au tournant du XXIᵉ siècle, l’art a quitté la surface des toiles et l’écran plat pour s’aventurer dans des espaces immersifs, interactifs, parfois vertigineux. De nouveaux concepts et techniques ont vu le jour.On parle de réalités mixtes et immersives identifiées par des sigles obscurs pour les non initiés :XR / VR / AR Art.
Le terme XR extented reality ou réalité étendue, désigne un continuum d’expériences mêlant le monde physique et le monde virtuel. Dans la VR vitual reality ou réalité virtuelle, l’utilisateur est plongé dans un univers totalement numérique, souvent à l’aide d’un casque, isolé de la réalité tangible. Avec l’ AR augmented reality ou réalité augmentée, le réel subsiste mais se voit enrichi d’éléments virtuels visibles via un écran ou des lunettes : images 3D, sons, textures, visages animés. Enfin la MR mixed reality ou réalité mixte, enfin, permet une interaction dynamique entre objets réels et entités virtuelles, comme si les deux mondes coexistaient.
Ces technologies, longtemps réservées aux laboratoires ou aux jeux vidéo, deviennent aujourd’hui des outils d’expression artistique. Les artistes explorent aujourd’hui ces nouveaux territoires . Ce nouveau champ créatif brouille les frontières entre réel et virtuel, ouvrant la voie à un art où le spectateur devient acteur, où l’œuvre se déploie dans l’espace, et où le portrait se transforme en expérience sensorielle et identitaire.
Depuis la Renaissance, le portrait a cherché à capturer plus qu’un visage : une présence, une âme, une relation entre le regardeur et le regardé.Avec la XR, ce dialogue se complexifie. Le portrait n’est plus un objet fixe, mais un espace d’expérience. Il peut réagir à la présence du spectateur, changer d’expression, se déformer, se recomposer dans le temps et dans l’espace.
L’artiste Alexa Meade, connue pour peindre directement sur les corps afin de “transformer le réel en tableau vivant”, a collaboré avec les équipes de Google pour transposer ses œuvres en réalité augmentée. Ses portraits peints deviennent alors des entités mouvantes, flottant dans un espace 3D où l’on peut se déplacer.
Dans une autre veine, ONISHI Akio, au sein de la plateforme NEWVIEW, a conçu des visages hybrides issus de photographies, de textures numériques et de peinture. Ses portraits sont à la fois humains et abstraits, oscillant entre identité et effacement, entre chair et données.
Certains projets vont encore plus loin : dans Soul Paint (Studio Hatsumi, primé à SXSW 2024), les participants peignent littéralement avec leurs émotions à travers un dispositif immersif. Le “portrait” devient ici une trace énergétique, une projection sensible de l’intériorité.
Le portrait XR interroge notre rapport à la représentation de soi. Dans ces espaces virtuels, le visage peut être scanné, transformé, cloné ou augmenté. Le spectateur peut se retrouver à l’intérieur de son propre portrait, ou face à une version altérée de lui-même.
Les œuvres de Laura Splan, par exemple, explorent les croisements entre biologie, science et réalité étendue. Ses installations immersives transforment des données corporelles en formes mouvantes et lumineuses, donnant au corps une dimension à la fois poétique et algorithmique. De même, les artistes qui utilisent des casques VR ou des dispositifs AR questionnent la présence numérique : qu’est-ce qu’un visage, quand il peut être effacé, multiplié, projeté ? Loin de l’idéalisation classique, ces portraits deviennent des avatars d’émotions, des empreintes de présence.
Cet art émergent soulève des enjeux multiples :Techniques, car les œuvres dépendent de dispositifs coûteux et fragiles (casques, moteurs 3D, plateformes).=Esthétiques, car il faut apprendre à composer non plus sur une surface mais dans un espace immersif.Éthiques, enfin, puisque l’image du visage humain devient une donnée manipulable, enregistrée, voire commercialisable. Pourtant, cette fragilité est aussi la beauté du médium : le portrait XR vit dans un présent perpétuel, instable, toujours en train de se recomposer.
À travers la XR, l’art du portrait s’ouvre à une autre dimension : celle du temps vécu et de l’expérience partagée.L’artiste ne capture plus un instant figé, mais met en scène une rencontre. Le visage, l’émotion, la trace deviennent des flux, des présences éphémères que la technologie rend palpables. Ainsi, de la peinture à la réalité étendue, une même quête persiste : celle de l’humanité du regard — qu’il soit projeté sur une toile ou suspendu dans l’espace numérique.
Outre Alexa Meade = Onishi Akio = Laura Splan –Jan Torpus on dénombre d’autres artistes, en France comme : Jan Miguel Chevalier Nicole Stenger =Mélanie Courtinat =Alice Anderson =Lucid Realities =Arnaud Desjardins, Priam Givord, Thomas Villepoux et ailleurs dans le monde Jordan Wolfson =Hito Steyerl








