L’aquarelle, une technique mal aimée ?

La Ville du Lavandou organisait  cet été son 35ème Prix de Peinture.Le Règlement du Concours, dans son article 1 précisait que « Ce concours se décompose en cinq prix distincts:

 

PRIX DE LA CREATION
Huile, acrylique

Premier prix

1.000 euros   

Deuxième prix

700 euros   

Troisième prix

500 euros   

PRIX de l’œuvre sur papier
Aquarelle, gouache, pastel

400 euros   

PRIX RIZKALLAH
Dans l’esprit du fondateur

600 euros   

PRIX de l’Association des Varois de PARIS
attribué à une œuvre représentant la Provence (toutes techniques)

250 euros   

PRIX du PUBLIC
Toutes techniques

400 euros  

 

Ce n’est pas, bien entendu pas  la Ville du Lavandou qui est ici en cause,. J’aurais pu trouver bien d’autres exemples. C’est surtout pour donner un exemple de  l’attitude du public français vis à vis de l’aquarelle en France. Cette technique est souvent jugée comme un art mineur. Alors que dans les pays anglo-saxons elle a toute la place qu’elle mérite. Le clliché suivant lequel « la peinture à l’huile, c’est plus difficile, mais c’est bien plus beau que la peinture à l’eau » , si injuste et si faux, a la vie dure..

Aussi, pour contredire cette opinion ,je ne résiste pas à l’envie de reprendre in extenso, le billet que Jérôme Cossé, aquarelliste professionnel talentueux a publié sur son site :

http://www.aquarellune.com/

Il a été repris par la Société Française d’aquarelle

http://www.sfaquarelle.org/

  » L’aquarelle est mésestimée, mais pour quelles raisons au juste ? Un art mineur ? Sûrement pas… D’ ailleurs personne ne devrait le penser…

Ah oui c’est vrai, mais c’est bien sûr, l’aquarelle servait de travail préparatoire à l’époque des grands maîtres, qui avant de peindre leurs oeuvres à l’huile réalisaient souvent des esquisses à l’aquarelle. Allons, un peu de sérieux, resterions-nous bloqués sur des « principes » vieux de plus de deux siècles! Ce serait ignorer les oeuvres remarquables de Turner, Delacroix, Blanche Odin et tant d’autres !

 

L’aquarelle a tout simplement été mise dans sa petite boîte dans laquelle on l’ a injustement enfermée.S’il est vrai que l’aquarelle permet une oeuvre sur le motif peut être plus  » accommodante « , il en a été de même lorsque les peintres d’atelier virent arriver l’électricité ou la peinture en tube! L’image du peintre avec son chapeau de paille et sa petite boîte d’aquarelle existe, c’est sûr je la pratique également ainsi, mais l’aquarelle ce n’est pas que ça et elle ne doit en aucune manière être considérée comme une oeuvre légère, sans envergure et sans force. Cela semble tenir dans ce cas davantage d’un « choix de langage d’expression  » que de quelque chose d’innée chez l’aquarelle que d’être légère. D’ ailleurs, entre nous, la frontière entre les différents médiums… On va dire d’une aquarelle qu’elle est gouachée et d’une gouache ou d’une acrylique qu’elles sont aquarellées !


Ah mais monsieur, ce n’est pas pareil, l’aquarelle ce n’est que de la peinture à l’eau…

Ah ! Et l’acrylique se dilue avec quoi ? Que l’aquarelle mette du temps à se faire entendre, soit, mais arrêtons de mettre en avant des raisonnements de la sorte ! D’ ailleurs un ami « aquarelliste » a eu à ce sujet des mots très justes…Le fait est que nous sommes tous catalogués par les mots. Dire de quelqu’un  » Tiens, lui là bas c’est un aquarelliste « , et pourquoi pas  » acryliste » ou  » huilliste » !

Nous sommes peintres voilà tout !!!!!  

Les aquarelles avec les aquarelles et surtout, ne pas la mélanger avec la « vraie » peinture sur toile! Et bien désolé mais l’aquarelle peut également être pratiquée sur toile…  L’aquarelle est sans aucun doute l’un des moyens d’expression le plus difficile à comprendre qui soit, car il faut bien comprendre que contrairement à l’huile ou l’acrylique, le geste de peindre en apportant une touche de couleur sur la toile n’est que le début à l’aquarelle. Là ou tout commence, car cette touche est seulement en train de naître…

 

L’aquarelle demande une concentration et une disponibilité que l’on ne retrouve pas ailleurs, elle fait intervenir l’âme tout entière, où le corps dans sa totalité devient « pinceau d’expression ». Tantôt nerveux, tantôt souple…Pourquoi alors mésestimer l’aquarelle? Par ce que l’on ne peut pas prendre une pause café dès qu’on le désire ? Allons soyons sérieux car une fois les vieux clichés mis de côté, le rideau tombe!


Comment ?
 La fragilité !  Certes ! L’aquarelle est fragile.
Et c’ est parce qu’ elle est fragile qu’ elle se vend fois 5 fois moins cher que dans d’ autres pays ou que de l’huile et l’acrylique ? Une sculpture en cristal se vendrait donc moins cher qu’une sculpture en bois. La beauté d’une oeuvre n’est pas matérielle, loin de là! Ce raisonnement typiquement français se retrouve également dans l’habitat, on est très vieilles pierres ! Pourtant en Norvège par exemple certaines constructions en bois sont en parfait état de conservation et date de plusieurs centaines d’années. Une maison en vieilles pierres bâti sur un terrain non stabilisée ou inondable nous montre à quel point elle reste fragile aussi….  « Mais vous savez une aquarelle se conserve moins longtemps… »

Effectivement, la gomme arabique est sur ce point moins performante que l’huile, mais restons conscient que tout ceci dépend également de l’environnement où l’oeuvre est exposée. La stabilité des pigments à la lumière doit faire parti de nos préoccupations premières dans le choix des couleurs que nous utilisons. Sur ce sujet d’ailleurs, Janine Galizia fait un travail remarquable de communication et d’information. Certain pigments ne sont pas stables, évitons donc de les utiliser car dans certains cas elles peuvent « passer » au bout de 6 mois ! En tant que peindre il est désormais nécessaire de ne plus utiliser n’importe quels pigments. Le choix du support et surtout sa qualité est lui aussi très important. Acheter un grand cru classé et le conserver à -6° ou 30° ne remet pas en question la qualité de ce vin, même s’il est fragile et demande une attention toute particulière pour son bon vieillissement…il est donc nécessaire de prendre garde !
L’aquarelle n’est pas la seule pourtant à subir les effets du temps. Certaines oeuvres peintes à l’huile peuvent elles aussi très mal se conserver par abus de siccatif par exemple et l’on se rend également compte que l’acrylique ne se conserve pas si bien que cela…
La peinture rupestre que l’on peut encore observer de nos jours dans différentes cavernes tout autour du monde, reste certainement la première trace connue d’aquarelle, le liant y était généralement la salive du peintre, les pigments se limitant à de l’ocre et du noir. Dans la civilisation chinoise, son utilisation est sensiblement liée à l’invention même du papier, il y a environ 2000 ans. L’aquarelle se retrouve durant tout le Moyen Âge, en Afrique de l’Est et dans toute l’Asie du Moyen-Orient à l’Extrême-Orient, en passant par L’Asie centrale, comme en Iran où l’art Persan a laissé de nombreuses aquarelles. Pour la petite histoire on a quand même retrouvé des motifs d’aquarelles sur les murs des tombeaux des pharaons vieilles de plus de 5000 ans ! A l’abri de la lumière certes mais plusieurs milliers d’année quand même! (En Égypte l’aquarelle est utilisée depuis au moins 1250 av JC ).


L’aquarelle et sa facilité de transport permettront alors de représenter les découvertes du Nouveau Monde…et c’est bien de ça dont il s’agit encore aujourd’hui, L’aquarelle nous fait bel et bien découvrir un nouveau monde.  Celui de l’humilité, du partage et du dialogue.
Imaginez donc ce qu’ est le parcours à accomplir pour l’ aquarelle, et ce en France tout particulièrement.

L’aquarelle est le moyen d’expression le plus utilisé dans le monde, et devrait continuer à être considérer comme un art mineur ?
Sûrement pas !
Je ne suis pas là pour impressionner par quelconque technicité ni faire de l’ aquarelle « le médium » par excellence mais simplement trouver le langage qui me correspond en continuant d’ espérer que l’ aquarelle puisse enfin retrouver sa place, celle qu’ elle n’ aurait jamais dû quitter, celle d’ un art majeur.  »
Texte de Jérôme Cossé

***

Bien entendu, je ne suis pas un artiste professionnel et je ne suis donc pas aussi impliqué, mais je partage tout à fait l’opinion de ce Peintre, à part entière

 

2 commentaires sur “L’aquarelle, une technique mal aimée ?

  1. Good for you for ranting about the value of watercolor! We need all the champions we can get. I hate to break this to you but watercolor is no more valued in countries outside of France. It’s changing but, more or less, still considered a « minor » art when you consider pricing as a marker, size and display.

    Thanks for the links to Jérôme Cossé and the French Watercolor society.

    PS I’m having problems with the babel fish translator in your sidebar but maybe it’s just me…

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